La « crise du disque » a bénéficié principalement aux femmes et aux musicien·nes ayant un niveau d'éducation secondaire

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Communiqué de presse

Revenus des musicien·nes romand·es

Lausanne, le 10 mai 2021 – La numérisation de la musique dans les années 2000 a bouleversé le paysage musical en supprimant certains intermédiaires. Ce changement a favorisé la production indépendante de certaines personnes marginalisées dans cette industrie et notamment des femmes. Les résultats proviennent d’un article publié dans la revue « Poetics », par les sociologues Pierre Bataille (Université de Grenoble) et Marc Perrenoud (Université de Lausanne). Leur étude longitudinale montre également que la « crise du disque » n’a que peu impacté le revenu des musicien·nes romand·es, pour qui les montants provenant de la vente de disques restent marginaux, ne représentant que 20% de leurs gains.

Les nouvelles analyses des sociologues Pierre Bataille et Marc Perrenoud mettent en lumière que certains sous-groupes de professionnel·les ont profité des opportunités qu’amenait la numérisation. C’est le cas des « artistes à temps partiel », pour qui les revenus provenant de leur propre musique représentait moins de 10%. En produisant et en diffusant leur musique de façon autonome, les femmes en particulier ont ainsi pu se défaire des relations de domination genrées avec certains intermédiaires traditionnels du milieu musical (agents, producteurs…). Un effet similaire est observé auprès de certain·es musicien·nes ayant un niveau d’éducation secondaire, qui ont commencé à engendrer des revenus grâce à leurs compositions après 2000.

Une numérisation qui ne touche que peu les « musicien·nes ordinaires »

Beaucoup d’encre a coulé au sujet de l’impact de la « crise du disque » sur les revenus des musicien·nes. En réalité, ce phénomène a principalement touché les professionnel·les très connu·es ainsi que les maisons de disques et n’a eu que très peu d’impact sur les musicien·nes romand·es « ordinaires » qui créent leur propre musique ou se produisent lors d’animations. Ces nouveaux résultats montrent ainsi qu’il n’y a pas de rupture dans les types de revenus des musicien·nes, en particulier pour celles et ceux qui étaient déjà « artistes à temps plein » (+20% de revenus grâce à leurs propres compositions).

Ces nouveaux résultats proviennent de l’étude longitudinale Musicians’ Lives menée entre 2012 et 2015. Une équipe de 7 chercheur·es a rencontré 123 musicien·nes dans toute la Suisse romande pour comprendre leurs parcours professionnels. Pour l’heure, il n’existe pas d’équivalent de cette recherche à l’international.

Contact et informations

Pierre Bataille – Maître de conférences, Laboratoire de recherche sur les apprentissages en contextes, Université de Grenoble – pierre.bataille@univ-grenobles-alpes.fr

Marc Perrenoud – Maître d’enseignement et de recherche, Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne – marc.perrenoud@unil.ch

Article paru dans « Poetics »:  “One for the money”? The impact of the “disk crisis” on “ordinary musicians” income: The case of French speaking Switzerland

Depuis 2011, le Centre LIVES (Centre suisse de compétence en recherche sur les parcours de vie et les vulnérabilités) étudie les effets de l'économie et de la société sur l'évolution de situations de vulnérabilité par le biais d'études longitudinales et comparatives. Il vise à mieux comprendre l'apparition et l'évolution de la vulnérabilité ainsi que les moyens de la traverser pour favoriser l'émergence de mesures sociopolitiques innovantes. Le Centre LIVES est abrité par les universités de Lausanne et de Genève. Il comprend un réseau de quelque 200 chercheur·es de diverses disciplines, dans toute la Suisse.